Regard du patriarche Sophronios

Publié le Mis à jour le

null   Le souci du regard que des musulmans peuvent avoir sur eux-même est à prendre en compte ; c’est ce qui est fait ici en s’attardant par exemple sur Ibn Khaldoun ou Farid Esack, deux auteurs d’une liste qui ne manquera de s’allonger au fil du temps. Mais il serait fort partial que de n’accorder aucune attention à ce qu’ont pu dire les chrétiens byzantins qui furent, en premier, confrontés à l’Islam. Quel que soit le jugement porté sur leur regard, il a cependant une place légitime sur ce blog.

Nous inaugurerons donc cette rubrique par des extraits des propos du patriarche de Jérusalem Sophronios (d’après une traduction d’Alfred-Louis de Prémare, « Les Fondations de l’Islam », Le Seuil, 2002). Un personnage contemporain des premières incursions armées des disciples du prophète de l’islam en Terre Sainte, qui nous donne un éclairage irremplaçable sur la façon dont les chrétiens vécurent cette irruption…

Sermon de Noël 634 :

   « Nous, cependant, à cause de nos innombrables péchés et de nos très graves erreurs, nous sommes devenus indignes de contempler ces choses. Il nous est interdit d’aller [à Bethléem], d’y faire tendre notre course et d’y être effectivement présents ; à contrecoeur et contrairement à nos voeux, nous sommes contraints de rester chez nous ; non certes que nous soyons sous l’astreinte d’entraves physiques, mais c’est par la terreur des Saracènes que nous sommes arrêtés
   (…) C’est ici vraiment que nous sommes à l’exemple du premier de notre genre, notre premier père Adam qui fut malheureusement proscrit de la demeure du Paradis (…) Ainsi nous aussi en ce jour nous sommes punis. Car la cité de Bethléem qui a accueilli Dieu étant pourtant toute proche, il ne nous est même pas permis de nous y rendre. Ce n’est pas cette épée flamboyante et tournoyante du Paradis que nous avons à considérer, mais le glaive barbare et sauvage des Saracènes, dégainé et plein d’une cruauté véritablement diabolique. Car ce glaive qui tournoie redoutablement, tendu et aspirant au carnage, nous exclut de cette bienheureuse vision et nous contraint à rester chez nous, nous empêchant d’aller plus avant. Mais bien que l’arme des Agarènes tournoie maintenant autant que cette épée qui, autrefois, gardait l’entrée du Paradis, si nous le voulions, c’est-à-dire si, nous tournant vers un Dieu né pour notre cause, nous le recherchions de tout coeur par le zèle de nos bonnes actions, tout redeviendrait paisible et doux comme ce l’était auparavant.
(…) C’est pourquoi, si nous accomplissons la Paternelle volonté, si nous teons fermement la foi vraie et orthodoxe, nous écarterons facilement le glaive des Isamélites, nous détournerons de nous l’arme des Saracènes, nous briserons l’arc des Agarènes, et nous pourrons, après un temps qui ne sera pas long à venir, contempler la divine Bethléem, et en considérer les choses admirables.
   (…) En effet, à l’instar des Philistins autrefois comme il a été dit, les Agarènes impies occupent une position qui est tout près de l’illustre Bethléem. Cela ne permet en aucune façon de s’y rendre, car la menace de meutre et de mort pèse sur celui qui oserait, en sortant de cette sainte cité, s’approcher de la divine et précieuse Bethléem. C’est pourquoi, enfermés entre les portes de cette ville, c’est rassemblés dans ce temple divin de la Mère de Dieu que nous célébrons publiquement, et non sans tristesse, la solennité de ce jour et de cet anniversaire »

Ce sermon a une résonance toute particulière en ce début de l’Avent, et l’on comprendra les intentions de prière des chrétiens envers les difficultés actuelles de leurs frères palestiniens…
   Les propos de Sophronios vont cependant bien au-delà d’un simple empêchement de fêter Noël à Bethléem :

Sermon de la Théophanie (Epiphanie 635 ?) :

    « D’où vient que les incursions barbares se multiplient et que les phalanges des Sarrasins se sont levées contre nous ? D’où vient que l’effusion de sang est devenue continuelle et que les cadavres sont la proie des oiseaux du ciel ? Pourquoi les églises détruites et les croix outragées ? (…) Abomination de la désolation à nous prédite par le prophète, les Saracènes parcourent des contrées qui leur sont interdites, saccagent les villes, dévastent les champs, livrent les villages aux flammes, renversent les saints monastères, tiennent tête aux armées romaines, remportent des trophées à la guerre, ajoutent victoire sur victoire, s’alignent en masse contre nousEt se vantent de dominer le monde entier en imitant leur chef continûment et sans retenue »

Ces propos peuvent déranger. Mais ils reflètent un aspect des choses qu’il serait mensonger de nier totalement. Puisse Dieu nous pardonner les excès commis en Son Nom !

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6 réflexions au sujet de « Regard du patriarche Sophronios »

    John a dit:
    30 novembre -0001 à 0 h 00 min

    Article intéressant, mais :  Si l’islam était vu comme étranger, violent et comme une colonisation, les peuples arabes, perses, turcs, indonésiens, berbères, etc. les auraient vu comme un danger à écarter, puis à bannir de toute urgence, or, ce ne fut pas le cas, alors qu’ils en avaient les capacités humaines (ils étaient plus nombreux que les musulmans durant les premières vagues et premières génétations) et matérielles (de meilleures techniques et des équipements plus sophistiqués). Pour les quelques témoignages étranges et allant contre le bon-sens, dictés sous la contrainte et l’autorité des pouvoirs politiques de l’époque, qui voyaient en l’Islam une émancipation sociale et une justice politique dangereuse pour les peuples maintenus sous les régimes despotiques, leur crédibilité en prend un sacré coup, car pour arrêter cet élan émancipateur, ils ont tenté de le diaboliser, sans pouvoir arrêter la conversion pacifique de masse de millions d’individus à l’Islam. Par exemple, le patriarche Sophronios (VIIe siècle, en 635 lors de son sermon de la théophanie) dit :  « D’où vient que l’effusion de sang est devenue continuelle et que les cadavres sont la proie des oiseaux du ciel ? Pourquoi les églises détruites et les croix outragées ? (…) Abomination de la désolation à nous prédite par le prophète, les Saracènes parcourent des contrées qui leur sont interdites, saccagent les villes, dévastent les champs, livrent les villages aux flammes, renversent les saints monastères, tiennent tête aux armées romaines ». Or, cela est faux, puisque selon le Coran, les recommandations du Prophète et sur l’ordre des premiers califes bien guidés, il leur était interdit de répandre le sang des innocents, de tuer les moines ou les rabbins pacifiques, de polluer ou de saccager les terres agricoles, ou encore de détruire les monastères. De plus, que ce soit à Jérusalem, en Syrie, ou en Egypte, les anciennes églises datant d’avant la présence musulmane existaient toujours après l’établissement de l’autorité musulmane, et de nouvelles églises ont même été construites sous l’autorité musulmane…De nombreux conflits ont cessé après l’arrivée de l’islam et la sécurité des musulmans tout comme des communautés religieuses chrétiennes, juives ou zoroastriennes, ont été assurées relativement bien.

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    Ren' a dit:
    30 novembre -0001 à 0 h 00 min

    « cela est faux, puisque selon le Coran »… Pardonnez-moi, mais ce n’est là que votre avis subjectif. Tout comme d’ailleurs ces textes de Sophrone, qui ne sont eux aussi que témoignage humain se situant dans un contexte donné. La réalité historique est comme toujours plus complexe, loin des simplifications idéologiques… Qu’il s’agisse de celles de Sophrone ou des vôtres.

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    Claude Lafrance a dit:
    30 novembre -0001 à 0 h 00 min

    Merci ! Ces anciens textes sont très intéressants. Rien de mieux que de lire ce que les témoins des événements en ont dit.

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    Ren' a dit:
    30 novembre -0001 à 0 h 00 min

    Il est toujours utile de donner accès aux sources, en effet. Mais ne perdez pas de vue que ce texte doit être pris avec la même distance critique que n’importe quelle autre !

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    Albocicade a dit:
    30 novembre -0001 à 0 h 00 min

    St Sophrone de Jérusalem, étonnant patriarche… Etonnante période aussi. Et je vois qu’en « illustration », vous avez mis st Jean Damascène… Il ne manque plus que Théodore Abu Qurah…

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    Ren' a dit:
    30 novembre -0001 à 0 h 00 min

    Les vignettes illustrant les articles de ce blog correspondent  aux rubriques où je les classe. J’ai ainsi choisi de mettre ma rubrique « regard byzantin » sous le patronnage de St Jean Damascène, dont les écrits sur l’islam seront le sujet de prochains articles. Je compte en effet m’intéresser ensuite à Abû Qurrah, puis Théophane le Confesseur…

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